Aux Comores, le régime d'Ali Soilihi avait nationalisé les médias dont le président lui-même avait le contrôle strict .Ahmed Abdallah, à une petite différence près n'a jamais accordé un espace aux formations politiques ou syndicales. Les tracts conçus par le Front démocratiques de Moustoifa Said Cheikh étaient diffusés clandestinement dans les mosquées et dans les vestiaires des stades du pays.
Djohar est venu instaurer la démocratie dans le pays. Les médias sont libéralisés malgré l'hostilité de certains ténors du régime, notamment, Laith Ben Ali, Directeur de Radio Comores et Soilihi Mohamed Soilih, Conseiller en communication à la Présidence de la République qui voulaient faire d'Alwatwan et de Radio Comores, les seuls médias autorisés dans le pays. A la fin des années 1990,le pays connaitra plusieurs stations de radios et de télévisions périphériques qui servent de tremplin pour la promotion de la jeune démocratie mais aussi pour la vulgarisation des valeurs sociales comoriennes. Ce qui a donc changé, ce n'est pas tellement la relation entre les médias et la démocratie, c'est bien plus les médias d'une part, et la démocratie d'autre part. Les médias se sont diversifiés, ils se sont également organisés sous la forme d'entreprises parfois puissantes . La démocratie de son coté connaît une crise de légitimité, du fait du relatif discrédit des élites tant au niveau des représentants que des gouvernants ou des experts.
Aujourd'hui, l'environnement médiatique est pollué. Tout le monde peut exercer le métier comme au vieux beau temps où tout scolarisé pouvait devenir facilement instituteur. Or les médias ont un rôle et un objectif. Ils sont chargés d'informer les gens sans essayer de les façonner. La production médiatique de la guerre du Golfe fut, dès son déclenchement, un révélateur du poids des médias dans les sociétés mais aussi de leur fragilité. CNN et Aljazeera en sont les parfaites illustrations. La couverture de cette guerre par les médias illustra une double tendance dont l'objectif était la surinformation et la désinformation.
Aux Comores, les médias plongent le peuple dans l'horreur et le manipule à longueur de journées. La conséquence en a été une modification du citoyen-individu dans tous les sens du terme mais qui n'a pas non plus, quoi qu'on en dise, totalement perdu son sens critique.
C'est de ce constat qu'est née la notion de “démocratie d'opinion”, dont la pertinence est vérifiée chaque jour du contenu parfois douteux du point de vue du respect des libertés individuelles des journalistes , des lecteurs et de certains sites internet. Que ce type de démocratie, à supposer qu'il puisse être considéré comme tel, existe, c'est une réalité incontournable ; que son pouvoir soit le témoin d'une certaine dérive des régimes démocratiques, c'est également certain, encore qu'il convienne d'en restituer l'exacte portée.
De fait il apparaît que la démocratie des médias certes modifie les règles du jeu démocratique normal, mais serait-il exagéré de faire de la politique une victime de l'influence des médias, tant ceux-ci sont nécessaires à la constitution d'un espace public, un des fondements de la démocratie? Ainsi, le journaliste doit vérifier son information avant d'informer un public assoiffé et tenu.
L'information n'est pas de la fiction ni de cauchemars ou de rêves. A lire l'article intitulé « j'ai fait un rêve » de Hassani Mmajouani, le journaliste s'éloigne de la déontologie et démissionne de son métier. Que dira demain Aboubacar Said Salim dans ses romans? Aussi, l'orientation de l'article dégage une haine dirigée contre toutes les catégories de la société à l'exception du monde journalistique. Le peuple renie les partis politiques, les personnalités, les hommes d'affaires, les magistrats, les enseignants, les médecins...Sauf les journalistes et les professionnels de médias sont sans tache.
Au journal Alwatwan, le torchon brule entre cet organe de presse gouvernemental et Albalad, l'allié privé du gouvernement . La première ayant diffusé une information non vérifiée s'obstine à reconnaitre son erreur par orgueil et mépris. C'est une guerre entre clergé régulier et clergé séculier. A comprendre le rêve de Mmajouani,on n'a pas le droit d'oublier désormais que les journalistes à plumes et ceux à crayons sont tous immunisés .
Aujourd'hui, la communication est au c½ur du débat politique à la fois comme expression démocratique et comme vecteur de manipulation. Seulement la question n'est pas si simple, et si l'essor de la communication ne prend pas le dessus sur le politique, elle suscite néanmoins de profondes mutations du politique.
Les élections législatives de 2009 aux Comores relancent le débat sur la place de la communication dans le discours politique moderne. Quels sont les ingrédients d'une bonne communication ? Peut-on l'assimiler à de la manipulation d'opinion ? L'acteur politique n'est-il pas lui-même victime de l'évolution médiatique ? L'analyse erronée de la situation politique et la préparation de l'opinion à la prolongation du mandat de Sambi à 2013 au lieu de 2010 n'est-elle pas une conséquence inéluctable de l'information? Pourtant, la plume d'Ahmed Ali Amir tente de ramener l'opinion dans ce sens au lieu de positiver les acquis d'un processus de réconciliation nationale qui a permis de stabiliser relativement le pays sur les plans politique et socio économique. Le problème est donc de savoir quelle est la nature de la relation entre media et opinion. En d'autres termes, peut-on dire que les journalistes font leur travail d'information en relations étroites avec les attentes de l'opinion? Ou ne cherchent-ils pas à la manipuler ou, pour le moins, à l'influencer?
Il est évident que les médias sont de puissants ressorts contrôlés, orientés, et instrumentalisés par une minorité de journalistes, l'élite journalistique, dont le rôle éminent est au c½ur de nombreuses polémiques. Qui peut ignorer le rôle d'Ali Moindjié,Hassani Madjouani, Mohamed Hassane, Ahmed Ali Amir ou Ali Djaé dans le paysage journalistique des Comores? C'est à cette élite et à sa composition, son rôle, son influence, que désormais l'on s'intéresse. L'analyse d'une telle élite s'avère inséparable d'une interrogation sur les fondements de sa légitimité, nécessitant une approche globale du champ dans laquelle elle s'insère ainsi qu'un examen des rapports qu'elle entretient avec les autres instances en jeu dans le processus de l'information comme le dit ,Rémy Rieffel .Si ailleurs les journalistes ne peuvent pas mener leurs interviews librement car les questions sont triées et choisies à l'avance, aux Comores ,on veut nous faire comprendre que personne ne peut réagir sur les écrits des journalistes comoriens. Tant pis pour Soilih Mohamed Soilih qui n'évolue pas depuis qu'il a fait les couloirs de Beit Salaam en 1992.
On n'a pas le droit de critiquer Fréderic Mitterrand pour ses écrits par ce qu'il est artiste. On a pas le droit de critiquer Roman Polanski parce qu'il est cinéaste réalisateur et aujourd'hui, on a pas le droit de critiquer Ahmed Ali Amir par ce qu'il est journaliste.
A entendre Soilih Mohamed Soilih aujourd'hui qui s'est élevé en journaliste (sans référence ni organe de presse affilié) parce qu'on a réagi ,à la lecture d'un article d'Ahmed Ali Amir ceci prouve les limites de ceux qui défendent une déontologie qu'ils n'ont pas apprise. Le peuple aura compris que les journalistes comoriens jouissent d'une immunité journalistique qui ne peut pas être violée.
Ali Mohamed Tabibou