Le président Ahmed Abdallah Sambi a remporté une très large victoire au référendum du 17 mai 2009, sur les réformes constitutionnelles qui visait implicitement à allonger la durée de sa présidence jusqu'à 2013 au lieu de 2010 . Sambi, parvenu au pouvoir à la faveur d'une élection pluraliste et démocratique en mai 2006 , a vu sa proposition obtenir plus de 90 % des suffrages, la participation atteignant plus de 60%, d'après les chiffres officiels. Cependant les résultats de ce référendum sont fortement contestables. D'après Human Rights Watch , les irrégularités observées au cours du référendum ont dépassé ses pires craintes.
D'après les observateurs bénévoles et indépendants, la très grande majorité des votants étaient des « électeurs captifs » : chômeurs en quête de travail, employés des institutions étatiques, travailleurs dans les sociétés d'Etat, prisonniers, des déplacés anjouanais.... .etc.
La participation volontaire a en vérité été très faible. Les femmes – mis à part les fonctionnaires , se sont abstenues en masse, le mot d'ordre de boycott de l'opposition ayant été bien suivi . Par ailleurs, on a aussi dénoncé la grande fréquence des votes multiples. Dans l'une des circonscriptions par exemple, les électeurs ont pu voter dans chacun des 11 bureaux de vote. En l'absence de listes électorales, seule une marque à l'encre « indélébile » sur la main des électeurs devrait empêcher les votes multiples, or dans de nombreux endroits, ce marquage n'a pas eu lieu et en tout état de cause, l'encre était délébile...
L'on rapporte également la distribution de faux papiers : les autorités ont émis des papiers photocopiés faisant office de cartes d'identité. Des Malgaches, des refoulés de Mayotte et des Anjouanais ambulants auraient ainsi été autorisés à voter. Dans de nombreux bureaux de vote, les assesseurs et les militaires ont reçu l'instruction de bourrer les urnes.
Le secret du vote n'a pas du tout été respecté. De nombreux électeurs ont été vus en train de tamponner les bulletins en face des assesseurs. Bien que les gens étaient libres de voter où qu'ils se trouvent, des bus entiers de personnes ont été voter à des kilomètres de chez eux.Même des enfants issus des familles de la mouvance présidentielle ont été encouragés à voter. La manière dont les électeurs ont été amenés à voter et l'abus flagrant des procédures électorales ont perverti le concept même de choix démocratique . Cette expérience prétendument démocratique jette une ombre inquiétante sur la renaissance démocratique aux Comores.
A quelques semaines des élections législatives, les observateurs notent que les interventions du Chef de l'Etat sur le terrain constituent une escalade spectaculaire dans la généralisation de la corruption politique aux Comores, éloignant chaque jour tout espoir de démocratie dans ce pays. En effet, ce n'est pas l'Etat qui intervient dans les milieux ruraux mais c'est la Fondation Sambi/Hajira Djoudi ,autrement dit la Fondation 2 000 000fc qui fait désormais la campagne des élections législatives de la mouvance. Partout où Sambi passe, il signe un chèque de 2 000 000 fc.
Cette nouvelle façon de faire intervient dans un contexte d'atteintes répétées contre la démocratie et les droits de l'Homme. Les décisions arbitraires de mettre des politiques en prison, le fait de monnayer la souveraineté du pays, la vente de la citoyenneté nationale, les assassinats politiques, les opérations organisées d'évasions des prisonniers, la mainmise sur le judiciaire , l'instrumentalisation des médias laissent planer beaucoup de doute sur les législatives annoncées. Le Président Sambi organise un simulacre d'élections législatives où la corruption électorale semble déjà flagrante . Ces violations des droits fondamentaux constituent et créent les conditions d'une radicalisation et de la généralisation des appétits d'une violence politique aux Comores.
C'est pourquoi, il est important et nécessaire de pousser les autorités comoriennes à :
-diligenter une enquête indépendante et impartiale chargée de faire la lumière sur les assassinats politiques notamment celui de M. Farouk Mohamed et traduire les responsables devant la justice, en assurant le respect du droit à un procès équitable ;
-garantir l'intégrité physique et morale des acteurs politiques aux Comores;
-garantir l'intégrité physique et une liberté d'action effective aux avocats et journalistes indépendants, opposants politiques, défenseurs des droits de l'Homme et acteurs de la société civile.
Pour illustrer cette requête,il est important que ceux qui étaient à l'origine de l'assassinat du syndicaliste,Farouk Mohamed sont déjà dans la course des élections législatives dans la circonscription de Hambou.
Aujourd'hui, l'Union Africaine n'entends pas déployer des observateurs militaires et civils, à l'occasion des législatives. Mais à ceux qui financeront le scrutin de connaitre dès maintenant les garanties d'une élection libre, démocratique et transparente qui ne sera pas à l'image des présidentielles iraniennes.
Ali Mohamed Tabibou