Nadia Mladjao, alias Imany. artiste musicienne
Artiste musicienne originaire des Comores : Foi musicale
Imany manie le jazz et le blues avec amour depuis ses 10 ans. Garçon manqué, allure de mannequin, elle ressemble à une grande fleur à la voix grave. Surtout dans les jardins de ce restaurant niché dans le quartier Mermoz où elle nous reçoit. A Dakar dans le cadre du concert qu'elle doit donner aujourd'hui vendredi, à l'Institut Léopold Sédar Senghor, Imany a accepté volontiers de se laisser découvrir. Elle qui a quitté les sunlights de la mode pour ceux de la musique.
Nadia Mladjao, fille De Alhazure Mladjao. Taille 1m78 environ, tour de poitrine 84 cm. Un véritable mannequin. Et, ses yeux en forme de noisettes et ses cheveux noirs coulant sur son dos en rajoute à cette première impression, confirmée par un vécu. Oui ! Elle est une reine de beauté et a été une reine des po-diums de mode.
Celle qui aujourd'hui est connue dans le monde du show-biz sous le nom de Imany a, pendant une belle période, parcouru les podiums à New-York notamment et un peu partout à travers le monde. Son corps, sa démarche, son vista mettaient en relief le talent des autres. Aujourd'hui, elle se trouve toujours sur le podium, celui de la musique. Mais cette fois-ci, c'est pour mettre en exergue son propre talent. Les défilés, elle s'en rappelle sans grand regret. «Pratiquer la mode, le mannequinat, c'est quelque chose de très éphémère. Ce n'est pas éternel. Et je m'en suis rendu compte très vite», explique Imany, d'une voix grave et d'un air sérieux. Fréquenter le monde de la mode et faire les podiums en qualité de mannequin, «c'était juste pour voyager et rencontrer des gens». «Heureusement, que cela s'est bien passé», fait-elle remarquer avec un petit sourire au coin des lèvres.
Aussi, Imany, par ailleurs «amie de Katoucha Niane», qu'elle a rencontrée lors d'une tournée au Kenya, bien ayant conscience qu'elle a «déjà pris (sa) retraite pour ce qui est du mannequinat», ne manque pas de jeter au passage un regard critique sur ce secteur d'activités. Car, selon elle, et contrairement à son époque, «il y a beaucoup de jeunes femmes noires qui émergent maintenant sur les podiums du monde».
La coquette française aux origines comoriennes a donc mis fin à sa carrière de mannequin pourtant prometteuse. «Le mannequinat, je suis tombée dedans plutôt par hasard, je ne voulais pas vraiment être mannequin à la base. Pour moi, la page du mannequinat est définitivement fermée», justifie-t-elle. En réalité, sa passion, c'est la musique. «J'ai toujours voulu faire de la musique. Quand j'étais plus jeune, je pensais juste que ce n'était pas possible, que la musique était réservée aux autres. Mais je me suis rendu compte au fil des années, que ce rêve était finalement possible à réaliser», mentionne la désormais coqueluche des Comores qui va se produire aujourd'hui à l'Institut Culturel Léopold S. Senghor.
DÉBUTS MUSICAUX
Imany a fait ses premiers pas dans la chorale de l'école militaire de jeunes filles dont elle faisait partie, vers l'âge de 10 ans. «On chantait aux communions, aux confirmations et aux fêtes de fin d'année. Puis, j'ai un peu mis tout cela en stand by car je ne savais pas encore trop ce que je voulais faire. J'ai ensuite atterri à New-York où je me suis sérieusement remise à la musique. J'ai pris des cours de chant à droite et à gauche, j'ai monté un duo et commencé à enregistrer des titres», se souvient-elle, sur un air plutôt nostalgique et enchanté. C'est à cette époque que la jeune artiste embarque dans son aventure sa s½ur Fatou, qui va devenir par la suite son manager.
Et comme tout témoignage, Fatou Mladjao, manager et s½ur de l'artiste, y va de ses compliments : «Je crois en elle. J'ai très vite compris qu'elle avait du talent et que je devais l'appuyer pour qu'elle émerge et réalise son rêve.» C'est cette foi en Imany qui a incité Fatou à accepter le rôle de manager. «Je l'ai toujours accompagnée et ensemble nous avions décidé à un moment, qu'elle doit quitter New-York et revenir à Paris, où elle a commencé à chanter sur de grandes scènes et à rechercher des maisons de disque», confie Fatou qui ne manque pas de confesser que contrairement à ce qu'on pourrait croire, «Nadia ne (lui) prend pas la tête. Quand je lui donne des conseils elle m'écoute. Nous avons toujours été très proches et je pense que cela nous aide beaucoup dans ce que nous faisons».
Après avoir servi de ch½urs pour un artiste jamaïcain du nom de Hook, Imany a fini par créer son propre groupe de musique et a commencé à réaliser des tournées. Rien ne présageait encore de sa réussite. Et presque personne ne pouvait parier sur son «talent caché». Cependant, la ravissante ex-mannequin, déjà en plein envol, croit en son étoile. Ne s'appelle-t-elle pas Imany, un mot swahili qui signifie «la foi, l'espoir» ? Elle en est bien consciente et l'avoue. «J'ai choisi ce pseudonyme là par hasard, mais au final, cela me convient bien», affirme-t-elle fièrement comme pour dire que c'est ce surnom, cette «foi», la garantie de sa réussite certaine.
Influences «soul»
Bercée aux sons des voix de Tracy Chapman, Marvin Gaye, Tina Turner et de Billie Holiday, Imany a en effet, fini par trouver son chemin. Un chemin qui l'amène à sortir en 2008 une «maxi de démo intitulée One». Et si la vedette a choisi de donner ce titre à cette démo financée par elle-même, c'est pour «dire aux fans, c'est le premier pas. C'est ma première marque pour prouver au monde que j'avais envie de travailler». D'ailleurs, le public a bien accueilli l'½uvre et les appréciations ne manquent pas à ce sujet. «Imany, c'est une voix et même parfois une grande gueule. C'est un timbre boisé et tendre qui, à lui seul, raconte une histoire. Ses affinités avec le folk, le rock, la soul et la poésie aident à comprendre les couleurs qui se mélangent dans ses paroles», témoignent certains fans sur son site. Tandis que d'autres qui ont suivi certains de ses concerts confessent : «Aux frontières de la folk et du rock, Imany mélange ses affinités soul pour nous emmener dans un monde rempli de sentiments généreux et chaleureux qui ne laissent personne indifférent. Imany, comme une touche d'espoir ou plutôt l'espoir d'une musique...».
Quant à la critique musicale, elle est tout simplement élogieuse. Dans un article paru à son sujet, le commentaire est tout simplement... féérique : «La voix est voluptueuse, en l'écoutant, on entre en contact avec la chanteuse, tant son timbre fait frissonner le c½ur. Elle te fait voyager dans un monde bouleversant, étonnant, dans un air mêlant la mélancolie et la joie. Du spleen dans un monde de béat et d'amour. Avec une voix simplement sublime, voluptueuse et extraordinaire. Elle sait varier la soul, le Rnb, le funk et le blues avec une grande aisance. Un cocktail envoûtant ! De plus, elle a le don d'interpréter les textes avec une grâce liturgique et pleine de sensibilité. Imany me semble être l'une des belles voix qui t'envoûtent et te transportent vers des horizons lointains et magiques...» De quoi prendre la grosse tête !
Mais Imany n'est pas du genre. Et ce n'est pas pour rien qu'elle fait école aux côtés de Wasis Diop. Une chance pour elle, selon ses mots. «Wasis Diop est quelqu'un de super. C'est une chance pour moi de l'avoir rencontré. Je continue d'ailleurs de travailler avec lui. Dès qu'il a quelque chose de nouveau à me proposer, je cours et je m'y mets aussitôt. Dès qu'il m'invite sur une de ses scènes, je cours et je dis toujours oui. Nous avons de très bonnes relations amicales. Et, c'est un super artiste. Il travaille très bien et j'admire ce qu'il fait. J'ai beaucoup appris avec lui.» Dont l'humilité.
Aujourd'hui à l'Institut culturel français Léopold Sédar Senghor, Imany qui s'était déjà produite au Sénégal, va montrer au public de Dakar tout son potentiel. Elle, pour qui le Sénégal est sa «patrie de la musique».
Par G. A. TCHEDJI
(Lequotidien)