Les Comores à l'heure du porte à porte...

Les Comores à l’heure du porte à porte…

Ils auront travaillé comme des chefs durant cette année 2009. « Ils », ce sont les ennemis de la nation comorienne. Ils auront scié jusqu'aux branches où s'asseyent les derniers patriotes. Et s'il reste encore quelque souffle au citoyen de ces îles, c'est peut-être au creux de ses mains qu'il se niche. Comme la petite flamme d'une tige d'allumette malmenée sous le vent mauvais, ce souffle se maintient dans la fragilité d'un royaume éphémère. Qui a parcouru ces trente dernières années dans la houle des matins de défaite saura de quoi il retourne dans ces phrases.

Il n'est pas besoin de brosser un dessin pour comprendre que nous ravalons notre honte en public dans le silence de l'indignité, désormais. Nous parlons de défaite, de défaite cuisante, d'un peuple habilement défait. Des frères et s½urs d'hier s'étripant à coup de discours haineux. Des dirigeants courbant l'échine, toute honte bue, face à l'adversité, redevenue omniprésente. Des têtes pensantes renonçant aux corps à corps qui nous relient à la complexité du monde. Les Comores foutent le camp, et nous n'aurions même plus ce droit de l'écrire.

Il y a ceux qui mahorisent comme jamais, et ceux qui se la racontent et mystifient comme jadis. Les premiers parlent de nouvelle donne d'archipel à inventer dans un silence de morts sous kwassa, les seconds s'inquiètent de ne plus saisir le sens d'une conquête coloniale entreprise avec une mise de départ qui dépasse à peine les mille piastres. Dans tous les cas, la bête est soumise et ne s'en plaint plus. Colonisation, néo-colonisation, décolonisation ratée. Les mots n'ont que la valeur qu'on leur donne. Il nous arrive d'exprimer un certain malaise, lorsque nous nous sentons insultés par leur seule présence, lorsqu'ils incarnent la négation de ce que nous sommes.

C'est alors que nous fabriquons une explication de derrière les fagots et avançons des hypothèses, en espérant saisir le sens de ce qui nous broie le visage, tout en rassurant l'assemblée des curieux, amassée autour des Comores. Nous voudrions comprendre sans la moindre amertume dans le regard, même si nous continuons à nous enfoncer sous l'eau, le pays avec nous. En prenant cette année 2009 comme référence, nous verrons qu'elle aura été difficile pour les défenseurs d'une communauté d'archipel au destin apaisé. Certains d'entre eux finissent encore de mordre la poussière.

Deux événements seront à retenir. Celui du 29 mars, date à laquelle les Mahorais, une nouvelle race d'insulaires en expansion, appelée à se dissoudre dans l'ultra-périphérie de l'Europe unie, se sont décidés à jouer à la roulette russe sous un ciel dégagé. Ils prétendent contourner le marécage comorien, leur destin étant déjà comptabilisé ailleurs. Ce qui signifie qu'ils reconnaissent l'essentiel de ce qui a été rendu comme justice par la France en ces îles, à savoir séparer et diviser pour mieux régner. Les Mahorais ne sont pas assez idiots, n'en déplaise à qui ne les aime pas, pour ne pas savoir que c'est grâce à la mise en pièce de tout un ensemble archipelique qu'ils sont devenus ce qu'ils sont.

Leur choix lors du référendum de 1974 annonçait les coups bas, les putschs et les assassinats en tous genres perpétrés par la France des réseaux sous ces Tropiques. Mahorais ils voulaient être, Mahorais ils le sont restés, en se constituant complices de toutes les forfaitures commises par l'adversité coloniale. Drôle de voir qu'aujourd'hui les polices aux frontières de l'Union des Comores les obligent à prendre la nationalité comorienne. Ce qui les autorise à aller et venir chez nous, pendant que nous... nous devenons persona non gratta une fois passée le mur de leurs frontières françaises.

Il faudrait être con pour ne pas s'apercevoir du service que nous leur rendons. Nous leur ouvrons grandes nos portes pendant qu'ils referment en clair les leurs. Ils n'existent quasiment pas, les Comoriens à qui on offre sans protocole une carte de séjour mahoraise sur le tarmac de Dzaoudzi contre un peu de cash et quelques vieux discours sur la fraternité passée. A l'aéroport du Prince Said Ibrahim, les flics frontaliers sont ravis de pouvoir faciliter le passage aux Mahorais, en les obligeant à bénéficier d'une carte d'identité nationale comorienne. Risible histoire d'une folie collective en perspective.

Le deuxième événement que nous retiendrons cette année, c'est celui relatif au discours prononcé par le président Sambi à la 64ème assemblée générale des Nations Unies, où nous apparaissions comme pantins en foire. Il y a parlé de la possibilité pour nous de chiffrer le rapport entretenu avec la France sous forme d'annuités à verser au trésor public. Une rente possible, qui lui évitera peut-être un attentat présidentiel, en bout d'accord. Des chiffres à négocier contre l'odeur des cadavres encore fumants sous l'eau entre Ndzuani et Maore au rythme du visa Balladur.

Des chiffres censés rassurer l'ennemi sur plusieurs décennies d'existence, en nous ménageant la possibilité d'arracher quelques dividendes dans la mise en vente réelle de nos âmes. Car Sambi, par ce geste, risquait de remettre en cause lui-même l'intégrité territoriale du pays, en admettant (singulièrement) l'idée d'une seconde administration (étrangère) de l'Etat comorien. De quelle souveraineté parlions-nous jusqu'à présent ? La question mériterait une réflexion plus ouverte, engageant tous les citoyens à se prononcer. Un vrai débat public...

La France de Sarkosy, elle, elle en a fortement rigolé. Nous, un peu moins. Car le cimetière, lui, s'agrandit, sous le bras de mer reliant l'Union des Comores à Mayotte française, pendant ce temps. Pour qui oublie que l'économie comorienne a longtemps été entre les mains de l'occupant, avant de s'effondrer telle la baudruche des lendemains de fête de plantation, la perspective de louer Maore aux Français pourrait paraître intéressante, d'autant plus que nous devinons ce que les Mahorais, peuple en souffrance suite au trop plein de Comoriens transplantés dans ses veines, ne savent qu'à demi mots.

La France, contrairement à tout ce que l'on a raconté jusqu'alors, se fait des couilles en or, soyons vulgaires jusqu'au bout, en demeurant le seul maître de ce poste avancé de la mer indianoceane. Nous pourrions parler de sa centrale d'écoute, classée secret-défense, et sur laquelle aucun fouille-merde, dût-il s'appeler Pierre Caminade, militant français du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, n'aurait le droit d'aligner une question. Pour dire le fond de la chose, les Mahorais ne savent pas à quelle sauce on les mange sur la Petite-Terre.

Toutefois, ils sont loin d'être fous. Ils exigent les avantages de la soumission. Car ils imaginent bien que la France ne continuerait pas à battre ses cartes diplomatiques sur ce bout d'archipel sous contrôle sans raisons. Il savent qu'il existe un enjeu supérieur à tous les autres, même s'ils ne le ne maitrisent pas, qui explique ce viol d'une terre insulaire. Ils reconnaissent leurs limites là où l'adversaire colonial rabat les cartes avec agilité et rouerie, et exigent en échange de leur mutité surfaite un bon paquet d'euros à dépenser dans le consumérisme le plus baroque.

Le souci avec les Mahorais, comme avec les Comoriens, en général, c'est qu'aucun citoyen de cet archipel n'arrive à dénouer le fil des intérêts profonds de la France d'une manière efficace et autrement visible. Il y en a même qui disent que c'est parce qu'elle nous aime qu'elle demeure là. Ce qui amène à répéter quelques fondamentaux à qui veut bien l'entendre. La France aux Comores n'a jamais été une nation amie. Elle a annexé, rusé contre les uns, tué d'autres, torturé comme à la gégène, revendu ce qu'elle pouvait, corrompu les meilleurs d'entre nous, escroqué les plus vulnérables... La liste est longue. Ce qui explique que la plupart se contente de parler de ce pays comme d'une victime effarouchée et trahie par une puissance assise dans le vaste concert des nations. Nous ne parlons jamais de ce que nous pourrions réellement entreprendre pour se jouer des failles de son système. Car il en a, des failles, bien que nous n'ayons jamais été assez malins pour en l'affaiblir dans son élan.

Tout comme nous nous sommes montrés incapables de fraterniser plus longuement avec ceux qui épousaient notre cause au lendemain des premières indépendances déclarées de l'Afrique contemporaine. Nous n'aurions même plus d'amis pour cette cause comorienne mise sous scellée par la France. D'ailleurs, nous nous avouons tout aussi incapables de confondre l'adversaire avec le sang de nos propres morts, ses victimes, qui ne s'appellent pas tous Ahmed Abdallah, Taki Abdulkarim ou Ali Soilih, loin de là. La majeure partie d'entre eux n'ont même pas eu à mourir sous les balles des mercenaires, français, et autres hommes de main des réseaux. La majeur partie de ceux qui sont tombés, l'ont été pour service non-rendus à l'intérêt général, et pour cause de précarisation avancée de la grande partie de l'archipel par un ennemi devenu trop malin au fil du temps.

Le résultat nous a rendus sages et muets. Seuls agissent encore ceux qui traînent leurs guêtres aux pieds du monstre, en trahissant les leurs. Ils sont nombreux, les Comoriens qui marchent sur leurs morts et travestissent leur mémoire en partage. Mais qui ose encore le signifier à l'opinion ? A la grande opinion de ceux qui font mine de ne rien percevoir de cette dure réalité ? Qui se donne encore la peine de se mirer dans le rétro ? Le passé nous dérange par cette capacité qu'il a de nous rappeler à notre dignité rompue. Nous fûmes capables un jour de dire non à un destin servile, et il y a de cela très longtemps.

Aujourd'hui, nous évitons de mentionner jusqu'au mot « liberté » dans nos discours par peur du quotidien, et pour ménager le poids de nos destins fragilisés. Personne ne veut ou ne souhaite faire le lien entre la misère du pays et le fait que l'adversaire nous a longtemps mis à l'amende dans l'idée d'écraser toute contestation possible. Comme nous, vous avez dû entendre claironner partout que les Mahorais ne veulent plus être Comoriens, parce que nous finissons pauvres, mendiants et arriérés.

Ils auraient pu dire que nous sommes le degré zéro de ce qu'ils sont devenus, des moutons de Panurge. Mais non ! Car le déni de soi s'accompagne chez eux de cécité volontaire et de sourires malencontreux, pendant que s'accumulent les malentendus de la relation coloniale. Ainsi s'épaissit le mystère qui veut que nous nous écrasions dans la douleur sourde des matins de défaite, en applaudissant le bourreau. Une internaute, française, d'origine comorienne, nous écrivait il y a peu pour savoir si, au-delà de sa naïveté (selon ses propres termes) et de son incompréhension des enjeux en place, nous pouvions lui expliquer pourquoi nous étions si négatifs à l'égard de la France aux Comores.

Nous, on s'est demandé si elle avait écrit à l'ambassade de France à Moroni ou au Quai d'Orsay à Moroni pour savoir les raisons de tant d'acharnement dans l'histoire envers un petit pays, qui ne demande qu'à s'affranchir de sa pauvreté ? A écouter Cassandre et ses faux amis, tout serait de notre faute. La conquête, l'annexion, les coups d'Etat, les déstabilisations économiques, les rêves de miséreux. C'est nous qui avons sans doute cherché à ce que la France se déplace et traverse 12.000 kilomètres de distance pour venir se conduire ici en prince des royaumes oubliés. Autrement dit, nous avons exagéré en 1975, en exigeant notre droit à la liberté des peuples, notre souveraineté. Pas étonnant qu'elle se soit retournée contre nous ensuite, transformant l'indépendance autoproclamée en une forme de « dépendance » plus ou moins assumée par tous.

Produire du discours. Mais quel discours contre qui ? Nous aurons remarqué que nos intellectuels et nos cadres se mettent peu à peu au service du plus fort et lui fournissent même des arguments contre ce qui fut leur patrie de naissance, en échange de quelques services rendus, à leur seul bénéfice. Nous aurons aussi remarqué que nos leaders d'opinion, toutes catégories confondues, s'invectivent en public dès qu'il s'agit de sabrer à même la carrière d'un des leurs, éventuel opposant dans les nombreux rings de la politique intérieure, mais qu'ils ravalent leur salive dès lors qu'il s'agit d'affronter l'ennemi extérieur, comme si l'avenir de ce pays n'était pas le même, quel que soit le bout d'archipel pris à la loupe.

De nos jours, seuls se distinguent vraiment ceux qui revendent les bijoux de famille en douce, en se disant qu'ils ne seront pas là à l'heure du tragique bilan de fin de partie. Ils seront morts à l'heure de ce triste bilan et auront bien profité de leur frêle existence au pouvoir. Nos concitoyens se rendent-ils compte que ce pays cessera un jour d'exister, simplement parce que des générations d'hommes auront cédé à la promesse de quelques paquets de billets de banque ? Nous, nous voulons douter de notre capacité à inventer de nouvelles formes de résistance contre la mise à mort annoncée de l'archipel.

De notre capacité à faire sentir que la bête, certes, agonise, mais n'est pas morte, et peut encore se relever de sa chute. En cette année 2009, il est vrai, il aura suffi d'un petit geste à certains pour se donner une figure contestataire aux yeux de l'opinion, mais, ces gens, la France s'occupe de les affaiblir dans leur geste depuis. En recourant, notamment, aux services de compatriotes, à qui la perspective d'un pays éclaté ne dérange absolument pas.

Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois. Une fois rendus aveugles, les borgnes ne sont plus riens. Alors, l'ennemi travaille à casser nos quelques borgnes en service. En passant, nous pourrions vous citer deux ou trois de ces borgnes en difficulté. Les inquiétudes d'une jeunesse Watwaniya, à qui on suggère une montagne de promesses contre leur silence face au délitement de l'archipel, illustre bien ce propos. Le patriotisme que revendique cette jeunesse agite le sommeil de beaucoup de nos hommes politiques. Le gungu la mcezo, performance artistique, réalisée en mars dernier contre la départementalisation de l'archipel par le comédien Soeuf Elbadawi et ses amis, dont le plasticien Seda et le journaliste Saindou Kamal, aux côtés des mêmes Watwaniya, résonne à présent comme un feu de paille, même s'il est vrai qu'il a pu interpeller une opinion plus large, allant au-delà des frontières comoriennes.

Même les colères mesurées du Comité Mahorais contre ceux qui mettent à mal l'intégrité territoriale du pays, vont buter contre un mur. Ces colères n'intéresseront d'ailleurs plus l'opinion comorienne, remplacées qu'elles seront par la foire d'empoigne des législatives. A peine si quelqu'un aura le temps de rappeler durant ces législatives que nous traversons une crise de la représentation depuis 1978. Une crise qui n'encourage pas à miser sa confiance dans aucune machine partisane. Si un député pouvait changer quelque chose dans l'avenir de ce pays, nous en aurions entendu causer depuis bien longtemps. Mais bon, qui osera les contredire dans les meetings pour ramener le vrai débat d'un pays malmené, avec la complicité de ses enfants, sur la place publique ?

La vérité est que la question du destin de l'archipel est tout sauf nationale, à ce jour. Les Comoriens se sont laissés persuadés qu'ils auraient leurs vrais problèmes, qu'i n'auraient rien à voir avec le problème d'un Etat comorien en bisbille avec la France. Ils sont peu à vouloir faire le lien entre la question coloniale et leur vécu dans un pays sciemment précarisé et fragilisé afin de satisfaire aux enjeux d'une nation plus forte. Il aurait sans doute fallu que le travail de conscientisation politique entamé à l'époque du msomo wa nyumeni se poursuive plus intelligemment de nos jours ou que les restes du discours révolutionnaire du mongozi Ali Soilih continuent à hanter nos esprits.

Tant que l'intégrité territoriale de ce pays ne sera défendue que par une poignée de Mohicans agités, la fin de cette histoire comorienne pourra s'écrire sur le tableau de notre mémoire sous valium. Mais si nos intellectuels se mettent à faire le porte à porte nécessaire pour détailler au peuple ce qui lui arrive, et pour lui parler d'autre chose que de vote sans effets sur leur vie, il y a des chances pour que l'espoir revienne parmi nous. Un travail à entamer dans l'urgence. Car si nous n'arrivons pas à convaincre la communauté internationale contre son partenaire français, nous pouvons au moins rappeler aux Comoriens ce qu'ils ont perdu en trente quatre ans de souveraineté malmenée. Il faut que ce combat redevienne populaire pour bénéficier la dimension qu'il mérite aux yeux du monde. Reprenons nos bâtons de pèlerins pour que le peuple réapprenne enfin où se situe sa responsabilité dans le délitement de l'archipel...

Collectif Komornet
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# Posté le samedi 21 novembre 2009 06:01

Saïd Larifou témoigne le calvaire....

Saïd Larifou témoigne le calvaire....
Saïd Larifou est de retour à La Réunion. Avec une convocation devant la justice comorienne pour le 24 décembre prochain. Il revient sur son arrestation et l'accusation d'offense envers le président Sambi.

Dans quelles circonstances avez-vous été arrêté ?


Saïd Larifou : J'ai reçu la visite de deux gendarmes au siège de mon parti, le Rijda (Rassemblement pour une initiative de développement avec une jeunesse avertie), mardi matin. Je préparais la campagne législative. Ils m'ont alors prié de les suivre. Mais ce n'est qu'après avoir pris mes dispositions que je suis allé à la gendarmerie.

Que vous reproche-t-on exactement ?

On m'a demandé si je reconnaissais avoir tenu des “propos outrageants” envers le président Sambi pendant un meeting, dimanche dernier. Je me suis bien sûr étonné qu'un meeting, dans le cadre d'une campagne électorale, devienne outrageant dès lors qu'il n'était pas favorable au président.

Quels propos visés parmi ceux que vous avez tenus ?

Durant ce meeting, j'ai expliqué que le chef de l'État ne respectait pas l'Islam, alors qu'il en a fait un des principaux axes de son mandat. Il a, par exemple, organisé une campagne législative en pleine période de prière et de recueillement pour les Musulmans. Les Comoriens sont également choqués de voir que rien n'est fait dans l'enquête sur le crash de la Yemenia (*). Et j'ai évidement critiqué la politique sociale, le désordre qui règne dans le pays et la scission de l'armée. La situation est malsaine aux Comores. Le pouvoir en place a paniqué face à ces accusations. D'autant que la pétition pour une alternance démocratique en 2010 que nous avons lancée, recueille un franc succès.

Avez-vous été maltraité ?

J'ai subi des violences physiques. Comme je ne répondais pas dans le sens souhaité aux gendarmes, ils ont commencé à me pousser. Je leur ai fait savoir que je trouvais cela inacceptable. J'ai même réclamé à trois reprises la présence d'un médecin pour déterminer si j'étais en mesure de poursuivre l'interrogatoire. Sans quoi je ne répondrais pas aux questions. Cela m'a été refusé. Le procès-verbal de l'audition a, en outre, été falsifié. J'ai d'ailleurs refusé de le signer. Ils ont même menacé d'incarcérer mes avocats qui avaient fait part des violences dont j'étais l'objet.

Quelle a été l'attitude du parquet de Moroni, mercredi matin ?

On m'a posé les mêmes questions que les gendarmes. Et j'ai donné les mêmes réponses. Ce n'est pas Larifou qui a offensé l'Islam, c'est le président Sambi. Finalement, j'ai reçu une convocation devant le tribunal pour offense au chef de l'État et ai été laissé libre de mes mouvements. L'audience, à laquelle je me rendrai, aura lieu le 24 décembre. En attendant, je reprends mon activité d'avocat à Saint-Pierre, dès demain (NDLR : ce matin).

Quel était l'objectif de la justice comorienne ?


M'affaiblir, moi et le Rijda. Mais cela renforce ma détermination. La politique comorienne est corrompue. Le président Sambi a muselé le pouvoir législatif en n'organisant pas comme prévu les élections législatives en 2009. Depuis, il ne légifère plus que par ordonnances. Le pouvoir a aussi invalidé nos candidats aux législatives, a en a corrompu certains... Les médias sont suspects aussi. Ainsi, je soupçonne le journal Albalad de n'être qu'une vaste entreprise de blanchissement d'argent. Il survit sans rentrée financière : il est gratuit, les petites annonces aussi, il embauche des journalistes à tour de bras... et évidemment ne fait que critiquer l'opposition. Et par là-dessus, on m'arrête ! La campagne qui s'annonce doit servir de tremplin aux présidentielles.

Retournez-vous bientôt aux Comores ?

Dès la semaine prochaine puisque doit avoir lieu une manifestation organisée par le Rijda. Et je ne crains pas de vivre la même situation qu'en 2003 (**). Ce que nous faisons est trop important

Propos recueillis par Benoît Toulorge


* : Le 30 juin, un avion de la Yemenia Airways, transportant principalement des Comoriens à son bord, s'était abîmé dans l'océan Indien faisant 152 victimes. ** : Il avait été arrêté pour tentative de coup d'État et avait passé trois semaines en détention.
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# Posté le vendredi 20 novembre 2009 20:22

La campagne électorale commence

La campagne électorale commence
Moroni, place publique (Manguani)

331 candidats se sont déclarés pour briguer 74 sièges de l'Assemblée nationale et des Conseils des trois îles. Les partisans de la mouvance présidentielle vont affronter l'opposition politique et une flopée de candidats indépendants.

Cela fait plusieurs mois que les Comores fonctionnent sans Parlement depuis la fin de la précédente législature en avril dernier. Entre temps, un référendum est intervenu pour modifier certaines dispositions de la Constitution de décembre 2001. Il s'agissait principalement de renforcer l'Etat central après le départ du colonel Bacar, puisque le pouvoir était éparpillé entre des îles qui disposaient chacune d'un président et d'une Assemblée législative.

Présentement, on parle de Gouverneur et de Conseil des îles avec des prérogatives bien déterminées, dans le but d'enterrer à jamais le conflit de compétences qui a miné le fonctionnement des institutions ces dernières années.

La question de la présidence tournante en 2010, n'ayant pas été tranchée dans la nouvelle Constitution, s'est imposée comme principal enjeu de ces élections. En effet, il est prévu un congrès qui réunira les futurs députés à l'Assemblée nationale et les élus au Conseil des îles pour décider à quelle date se fera l'harmonisation des mandats du président de l'Union et des Gouverneurs.

Beaucoup d'appelés et peu d'élus


Si les partisans du Président Sambi arrivent à conquérir la majorité des sièges, ils vont plaider pour que la tournante se déroule en 2011, contrairement à l'opposition qui compte exiger l'alternance en mai prochain. Les uns et les autres se servent du Bilan de régime actuel pour demander son départ ou son maintient pour un an de plus.

Il est cependant important de souligner que la ligne de démarcation des candidats n'est pas aussi lisible qu'il n'y parait. Il est vrai qu'au sein même de la mouvance présidentielle, il y a deux courants qui vont s'affronter dans certaines circonscriptions. L'opposition n'est pas non plus épargnée par le démon de la division. Si les anciens présidents et frères ennemis Azali, Elbak et Mohamed Abdoulwahabi soutiennent les mêmes candidats dans les villes comme Mitsamiouli ou Foumbouni, ailleurs, c'est un cafouillage artistique si l'on comptabilise en plus la flopée de candidats indépendants. Ainsi, sur les 74 sièges à pourvoir, on dénombre 331 prétendants dont 144 pour la députation et 187 pour les conseillers des îles. A elle seule, Moroni, la capitale fédérale, résume cette frénésie électorale avec 14 candidats pour
2 sièges.

Si on ne connaît pas qui va l'emporter, on sait d'avance que très peu iront voter, explique Salim Razak, dirigeant d'une ONG. Pour lui, malgré les tentatives pour mobiliser les Comoriens, la plupart, désabusés par le renchérissement du coût de la vie, vont s'abstenir de se rendre aux urnes le 6 décembre prochain au premier tour du scrutin.

A. Mohamed
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# Posté le vendredi 20 novembre 2009 20:14

L'avocat est accusé d'outrage

L'avocat est accusé d’outrage
Saïd Larifou, Président du parti Rijda

L'avocat et Leader du parti RIDJA a été libéré hier après une garde à vue de 24 heures à Moroni. Il répondra le 24 décembre d'outrage au chef de l'Etat et incitation à la haine.

Libre ! C'est devant un parterre de militants du Rijda (Rassemblement pour une initiative de développement avec une jeunesse avertie) que Saïd Larifou a pu quitter le tribunal de Moroni, hier après-midi. Tout juste vingt-quatre heures après son arrestation. L'avocat et principal opposant au président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi avait été interpellé mardi. Dans la matinée, il avait reçu à son bureau de Moroni plusieurs gendarmes, qui l'enjoignaient, poliment mais fermement, à se rendre à la brigade la plus proche. L'avocat saint-pierrois, dirigeant éminent du Rijda, avait tout d'abord refusé, arguant d'un calendrier chargé en ce début de campagne électorale aux Comores (*).

Propos hostiles au président Sambi

Sur les conseils de son avocat, Me Mohamed Baco, il avait néanmoins fini par revenir sur sa décision et s'était rendu. C'est dans les bureaux de la gendarmerie de Moroni qu'il avait fini par découvrir ce que lui reprochaient les autorités comoriennes : des propos hostiles à l'encontre du président Sambi lors d'un meeting électoral, dimanche dernier. Placé en garde à vue, l'avocat, assisté de son conseil, avait subi un interrogatoire serré. “L'enquête n'a pas été du tout équitable, peste Me Mohamed Baco. Saïd Larifou a été menacé et l'objet de fortes pressions de la part des enquêteurs. Ils ont voulu le forcer à signer un procès-verbal, qui ne correspondait pas à la réalité des faits. Ce qu'il a d'ailleurs refusé.”

Foule au palais de justice

Reste que l'avocat était tout de même présenté, hier matin, au procureur du tribunal de Moroni. Une présentation sous haute tension puisqu'une foule “impressionnante”, aux dires de Me Baco, s'était massée aux portes du palais de justice en signe de soutien. C'est d'ailleurs ce qui, selon le conseil, aurait conduit le procureur à libérer Me Larifou. “Ils se sont aperçus que ce serait une erreur de l'incarcérer”, estime l'avocat. Que reste-t-il au final ? Une convocation devant la justice comorienne le 24 décembre prochain pour Saïd Larifou. Il y répondra d'”outrage au chef de l'État”, ainsi que d'”incitation à la haine”. Des chefs d'inculpation qui ne tiennent pas, selon Me Baco : “Les éléments permettant de constituer l'infraction ne sont pas réunis. Devant le tribunal, nous plaiderons la relaxe. Au pire, nous demanderons une dispense de peine.” Après ses deux arrestations en 2001 et 2003 (respectivement pour diffamation envers un haut gradé militaire et pour tentative de coup d'État), la saga judiciaire continue donc pour l'opposant politique, Saïd Larifou. Lequel plaidait, il y a quelques jours encore, pour une alternance démocratique aux Comores en 2010 en vue des futures élections présidentielles. Le but : abolir le régime du président Sambi. D'où cette conclusion de Mohamed Baco : “Cet épisode était destiné à intimider Saïd Larifou. Ils ont tenté de l'arrêter et ont réussi sur un motif futile qui aura du mal à tenir. Tout citoyen a le droit de critiquer.” Réponse le 24 décembre prochain. Après les législatives

Benoit Toulorge


* L'archipel est, en effet, appelé à élire son parlement au mois de décembre prochain.
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# Posté le vendredi 20 novembre 2009 20:04

Modifié le vendredi 20 novembre 2009 20:23

Disparition de Boura Mroudjaé

Personnalité publique, Boura Mroudjaé est mort mercredi en fin d'après-midi à l'âge de 67 ans, des suites d'une longue maladie. Fonctionnaire du Trésor public à l'époque de l'autonomie interne de 1970 à 1974, Boura Mroudjaé a été durant sa jeunesse très impliqué dans la politique.

Candidat malheureux aux élections à la Chambre des députés des Comores en 1974 contre l'ancien le sénateur Marcel Henry, il décide de se retirer dans la fonction publique et rejoint alors la société Bambao en Grande Comore, en tant que technicien, de 1977 à 1986. Il rejoint son île natale après sa démission de la plus grande société des Comores et investit dans le commerce. Brillant gestionnaire, il ouvre dans les années 90 le restaurant Yasmine à Combani qui deviendra par la suite le site privilégié des rendez-vous politiques, en particulier avec son ami Younoussa Bamana, qui cultivait à Ourovéni, non loin de là.

Sa disparition tragique a plongé tout le village de Combani, ainsi que ses nombreux amis, dans une profonde tristesse. Plusieurs personnalités politiques du gouvernement de l'Union des Comores ont adressé des messages de condoléances à la famille dès l'annonce de sa disparition.

Ses obsèques se sont déroulées jeudi dans la journée à Combani, en présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses. "C'était un grand homme de relation et de dialogue qui a rendu un grand service à Mayotte. Sa disparition tragique m'a très affecté. J'ai perdu un grand ami", dira très ému le commandant Ali Boina.

Le journal Mayotte hebdo et le blog Ianjouanpresid s'associent à la douleur de la famille et présente ses sincères condoléances.
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# Posté le vendredi 20 novembre 2009 19:50